Bonjour !

Je suis écrivain et scénariste de BD.
Mon premier livre est sorti en 2009. Depuis, j'en ai sorti 22 autres... Je travaille aussi pour le ciné, la télé, le jeu vidéo, les applications et même le jeu de plateau.
Car pour toutes ces créations, il y a besoin d'écrire. Donc j'écris. Depuis le temps que j'en rêvais !

Et pourtant bien souvent je l'entends, cette question étrange : "Et sinon, vous avez un vrai métier ?".
Elle me fait un drôle d'effet et je n'ai pas encore trouvé comment y répondre... Alors ce blog va servir à ça : à essayer d'expliquer que oui, écrivain et scénariste, c'est un métier, un vrai.

vendredi 24 octobre 2014

Ecrire ? Une vocation...

"Auteur, ça ne peut pas être un métier, c'est d'abord une vocation." 
(Le grand journal du 21/10/2014)

Celui qui a prononcé cette phrase, c'est Bruno Lemaire, député UMP, ancien ministre et tout et tout, et accessoirement "écrivain". Si vous voulez vraiment tout savoir, c'est ici. 

 
 Pour entendre ce cher Bruno, c'est là. Vous pouvez aller directement à 11 minutes 30, c'est là que ça se passe.  

De plus en plus de gens semblent partager ce point de vue. On entend ce genre de phrase de plus en plus souvent...
Alors oui, être écrivain, ou plus largement auteur (car j'aimerai bien englober dans cette réflexion les dessinateurs de BD, les illustrateurs, les coloristes et les scénaristes), être écrivain, disais-je, c'est bien une vocation. 

Mais il faut bien aussi que ça soit un métier !

Parce que tous les auteurs ne peuvent pas être homme politique et dégager tout le temps qu'il leur faut pour écrire ou, autre solution, se payer des nègres qui feront le boulot à partir de quelques notes hâtivement griffonnées en un après midi dans l'assemblée d'une chambre quelconque.

Hé oui ! Les auteurs ont bizarrement besoin d'au moins deux choses :
- du temps pour écrire
- de l'argent pour vivre

Car écrire ou dessiner ou illustrer ou mettre en couleurs n'est pas une affaire de quelques heures par ci par là. C'est long (même si chacun pourra citer des exemples de grands écrivains très rapides comme Boris Vian, Frédéric Dard, Simenon...). 
Ça demande une disponibilité intellectuelle et physique importante, ça ne peut pas se faire correctement après une journée de travail à l'usine, au bureau ou derrière le comptoir d'un magasin.

Et un auteur a besoin de travailler beaucoup ! Car lorsqu'on sait qu'il touche 4 à 10% du prix de vente hors taxe du livre, on comprend que des livres, il faut en vendre un sacré paquet pour gagner ses 1.500 € bruts par mois ! Il faut donc tenir un certain rythme afin d'avoir quelques titres dans les rayons des libraires.

Mais puisqu'il est dit qu'auteur ne peut pas être un métier, alors il faut que nous revoyions notre système de fonctionnement, notre système de vie.

Changer de vie !

Moi, je vais commencer sans tarder. Je songe très sérieusement à tout changer. Je ne vais plus être l'auteur professionnel que j'essaye d'être (avec bien du mal) depuis quelques années. Je vais devenir un auteur par vocation. Car après tout, cette vocation fait que je continuerai toujours à écrire, même si je ne suis plus professionnel.

Je vais d'abord abandonner mon activité bénévole d'éditeur associatif. Ça prend du temps et ça rapporte rien, donc par les temps qui courent, c'est vite réglé : ça sert à rien, on arrête.

Ensuite, je vais chercher du boulot. 
Bon. 
C'est pas gagné. 
Il n'y a pas beaucoup de travail en ce moment, je ne sais pas si ça va être facile, surtout que dès l'entretien d'embauche, j'ai prévu de poser mes conditions. C'est vrai, quoi, mon futur patron va devoir faire quelques petits efforts :

- Il devra accepter que j'arrive très souvent crevé au boulot parce que j'ai bossé toute la nuit.
- Pour la même raison, il devra me permettre de faire une petite sieste de temps en temps.
- Il devra accepter de me donner pas mal de vendredis et de lundis, surtout en période de lancement des bouquins, parce que les festivals, c'est parfois long et parfois loin. 
- Fin janvier, pour le festival d'Angoulême, en mars pour le salon du livre de Paris, en novembre pour le salon du livre jeunesse de Montreuil, il devra même me donner mon jeudi...

Mais j'espère quand même que je vais le trouver, ce patron compréhensif et ce boulot sympa qui me permettront, ô miracle ! d'assouvir ma vocation tout en payant mon loyer.

Ensuite, on verra. 

J'écrirai sans doute moins puisque j'aurai moins de temps. 
J'espère quand même pouvoir sortir un bouquin par an et demi ou un tous les deux ans. J'imagine que ce rythme lent satisfera les éditeurs et les lecteurs qui ne m'oublieront pas entre deux titres...

J'écrirai peut-être moins bien puisque je pratiquerai moins. 
J'aurai moins de temps pour penser, faire des recherches, faire des plans, écrire des brouillons, relire, corriger, améliorer, peaufiner; tenter de transformer la forme brute d'une histoire, d'une phrase, d'un dialogue en une sorte de diamant...

Mais non ! 
J'oubliais ! Être auteur, c'est une vocation. 
Pas de travail, pas de technique là dedans ! 
Quand on a la vocation, on prend un bout de papier ou un ordi, on écrit ou on tapote le clavier et voilà... 

Je me fais des montagnes d'un rien !
Il est bien certain que supprimer définitivement le métier d'auteur ne mettra pas du tout en danger la qualité de la littérature ! 
Quand on a la vocation, on fait des chefs d’œuvres dans toutes les conditions. 
Et pis c'est tout.